Même constance chez les chevaux islandais, descendants directs, eux aussi, de leurs ancêtres vikings. A l’image des races rustiques qui peuplaient alors la planète, le cheval islandais était, naturellement, doté de cinq allures. Alors que l’Europe, déchirée par la guerre, inventait des montures capables de porter des chevaliers en armure, l’Islande, retranchée dans son splendide isolement, n’eut jamais recours à une politique d’élevage systématique. Victimes des sélections successives opérées au nom de la taille et de la puissance, les chevaux européens finirent par «oublier» leurs allures pour n’en conserver que trois (le pas, le trot et le galop), les deux autres étant désormais considérées comme des défauts.

Des défauts qui font aujourd’hui l’admiration des cavaliers qui pratiquent ou découvrent cette race islandaise à qui on peut faire dérouler, presque naturellement, l’amble (mouvement à deux temps où le cheval lève simultanément les jambes d’un même côté) et l’ambe rompu ou «tölt», une allure à quatre temps, similaire à celle du pas et dont l’absence de phase de suspension assure un confort légendaire. Rapide ou lente, elle ravit le cavalier, qui, bien calé sur sa selle, a l’impression, lorsque sa monture, fière et redressée, lève haut les jambes, de flotter au-dessus du sol.

Idem pour l’ambe, qui à grande vitesse (sur de petites distances, on peut atteindre 50 km/h), fait littéralement voler le cheval. Il est l’Islande, ce cheval volant qui incarne à merveille cette île instable, à cheval sur la dorsale sous-marine atlantique et, de ce fait, en permanence écartelée.

Résultat : un rodéo géologique, un cocktail dantesque de glace et de feu où les entrailles de la terre n’en finissent pas de frémir, un chaudron où tout un peuple mijote dans l’eau chaude qui jaillit du sol tandis que les chevaux caracolent dans un décor en cinémascope, au milieu d’une nature somptueuse mais parfois hostile.


Source : lanouvellerepublique.com